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Archives de Tag: Noir & blanc

Hara-kiriAnnée: 1962
Titre original: 切腹 (Seppuku)
Réalisateur: Masaki Kobayashi
Acteurs notoires: Tatsuya Nakadai

Plot: l’honneur est sacré

Sources: IMDb & Wikipedia

Mr Orange: Prix du Jury en 1963 à Cannes, Harakiri happe le spectateur dès les premières secondes pour ne le libérer qu’au générique final, satisfait d’un grand moment de cinéma. Je ne comprends vraiment pas comment ce chef d’oeuvre a pu perdre la Palme d’Or face au pale Guépard de Visconti… le manque de culture probablement.

Pour profiter du film sans le moindre spoil, arrêtez vous ici et précipitez vous sur une version HD.

Au début de la période Edo, le ronin Hanshiro Tsugumo (Tatsuya Nakadai) se présente au chateau de Kageyu Saito du clan Lyi avec une requête: qu’on lui permette de procéder au rituel du Seppuku (Harakiri) afin de sauver son honneur. S’ensuit un duel de récits entre Tsugomo et Saito, créant une tension captivante qui ne sera relâchée qu’en dernier recours, jubilatoire. Du plan sur l’armure de samouraï qui ouvre le film au même plan qui le clos, beaucoup de choses vont être révélées, mais rien ne va changer. Si ce n’est le regard du spectateur. Car le film, à l’image de Tsugumo, cache son jeu. Sous couvert d’un simple drame chanbara se délectant du code d’honneur des samuraïs, Harakiri se révèle être subversif et dénonciateur, mettant à mal des principes immuables. Acculé par la force du verbe devant son clan, Saito ne pourra répondre que par la force du sabre. Le shogunat, la hiérarchie, les castes et le code du samourai sont immuables et eux seuls resteront dans l’Histoire.

Hara-Kiri est avant tout un film magnifique. Le noir et blanc est splendide. La photographie nous estourbit de plaisir oculaire. Du temple épuré à la plaine balayée par le vent, un vrai bonheur visuel. Les plans sont hyper-soignés et la caméra est maitrisée à la perfection. Soin, maitrise et plans qui inspireront d’ailleurs d’autres prodiges tels Sergio Leone ou Quentin Tarantino. Au milieu de cette perfection, le jeu légèrement théâtral de Nakadai crève l’écran. Son regard et sa voix sont saisissants. Et le rythme. La 1e partie captivante nous colle à l’écran. Après un léger passage à vide lors du 2e récit de Tsugumo, on pense que Kobayashi s’essouffle… mais c’est pour mieux nous prendre à revers, dans une 2e partie jubilatoire. Bref…

Kobayashi signe un chanbara noir, engagé mais surtout grandiose, l’immortalisant au rang de maître. Kurosawa n’a qu’à bien se tenir…

Mary et maxAnnée: 2009
Titre original: Mary and Max
Réalisateur: Adam Elliot
Voix notoires: Toni Colette, Phillip Seymour Hoffman, Eric Bana

Plot: correspondance entre Mary et Max

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: Fort de l’expérience de 4 courts-métrages ayant écumés les festivals, Adam Elliot signe un premier long métrage: splendide. A base de pâte à modeler et autres bidules, il recrée un univers sobre et désenchanté afin de servir son propos humaniste garnis d’humour.

Mary, petite fille australienne de 8 ans évoluant dans une gamme de marron, initie une correspondance avec Max, un aspie New-Yorkais de 44 ans évoluant dans une gamme de gris. Leurs points communs: ce sont deux solitaires rejetés par leurs pairs. Ainsi, par lettres interposées, chacun raconte sa petite vie en voix off et une amitié improbable se forme.

Fondamentalement, il ne se passe pas grand chose. Mais la narration est dynamique, accompagnée d’une excellente bande son et surtout comique, ce qui permet de supporter la douleur du sujet: solitude, rejet, alcoolisme,… la liste est bien longue pour un film d’animation en apparence si léger. Adam Elliot a le don de les conter de la plus drôle des façons: mêlant humour noir, poésie et désinvolte.

Très bon film d’animation pour adultes amoureux du chocolat.

Django unchainedAnnée: 2012
Titre original: Django Unchained
Réalisateur: Quentin Tarantino
Acteurs notoires: Christopher Waltz, Jamie Foxx, Samuel L. Jackson, Leonardo DiCaprio, Franco Nero

Plot: vengeance, spaghetti et champs de cotton

Sources: Allociné & IMDb

Mr Orange: Attention, ceci n’est pas un article ordinaire, écrit après 2 messes, de nombreuses lectures, le visionnage de quelques références et beaucoup de brouillons rédigés au rythme de la bande originale: critiquer pour la 1ere fois son Dieu n’est point évident…

When the fan hits the spaghetti®

Retour tant attendu de notre mentor suprême, Quentin Tarantino! Et la satisfaction ne se fait pas attendre avec un générique qui nous met vite dans l’ambiance: thème du Django de Corbucci, grosse police rouge bien grasse… on ne s’est pas trompé de salle, c’est bien ce qu’on est venu voir. Fondu de western, QT nous délivrait jusqu’alors des références à ses classiques à petites doses subtiles, alors forcément quand il se décide enfin à mettre les mains dans le cambouis et réaliser son western, on n’a plus qu’à s’agglutiner dans les salles pour assister à la messe, encore et encore (bientôt).

Comme on le sait, parmi le trio de Sergio, QT a une affinité particulière pour Corbucci: violent et sale, dépeignant des personnages à la morale douteuse dans un univers sombre et impitoyable. On retrouve donc Django de Django qui traverse la boue de Django avant d’aller errer dans la neige d’El grande Silencio… Mais étonnamment, nous n’aurons pas eu droit à la crépusculaire Gatling ni au baptême des mains brisées. Soit. Seulement, QT en connait un rayon en western, et nous offre une batterie de références en différenciant les genres: du western comique classique avec Visage pâle aka The paleface aux prémices de la fin du spaghetti avec l’arrivée de Terrence Hill dans On l’appelle Trinita aka Lo chiamavano Trinità en passant forcément par (politesse?) les inévitables brutes et truands de Leone, icône phare du western (spaghetti).

Comme on le sait, parmi les B movies des 70’s, QT a une affinité particulière pour la blaxploitation qui devient encore une fois la clé de voute de son film, inspiré directement de The legend of nigger Charley – le western de blaxploitaion qui vaudra peut-être un petit dossier avec ses suites. Ainsi, après avoir vengé les Juifs en refaisant une beauté à Hitler à coups de calibre 9 mm, QT se dresse contre l’esclavagisme et venge les « Afro-Americans » ou les fameux N-word « Niggers » (selon les affinités) des atrocités de leur passé. Ainsi, après nous avoir touché à coeur avec les atrocités en question, QT mène la vendetta des esclaves à coup de fouet, de revolver et surtout de l’impitoyable ridicule. Petite cerise sur le gâteau, Django serait l’aïeul de Shaft?

Comme on le sait, le film frôle la perfection. On retrouve Christoph Waltz en trublion au phrasé pointu pour nous distraire avec brio mais cette fois épris d’empathie pour… Jamie Foxx, badass et bourreau des Sudistes qui ne lésine pas sur sa vengeance bien zélée. En face, un duo redoutable: le petit prince capricieux de DiCaprio et son domestique en chef qui lui vole la vedette, Samuel L Jackson, fin calculateur obséquieux en public et seigneur dans l’ombre. QT, lui, s’essaye à un genre inédit: la narration linéaire orchestrée sur un personnage unique… quasi exempte de flashback parce que oui, faut pas pousser mémé dans les orties non plus, ça reste QT. Toujours est-il qu’ainsi, il se détache de ses précédents et lève le pied sur la fonction « divertissement ultime » pour parler d’un sujet plus sérieux… en conservant sa marque de fabrique. Ah, et la bande originale est culte avant l’heure et les dialogues font la paire, cela va de soit.

On passera sur les apparitions subliminales de Kerry Washington, l’absence de duel Leonien ou l’intervention explosive de QT qui semble un peu artificielle.

Quentin, sculptant la fierté noire dans la viande blanche, signe un splendide western Corbuccien tantôt hilarant, tantôt horrifiant… et succulent comme toujours. Certes, ce n’est probablement pas le meilleur – quoi que difficile d’organiser un top 8 – mais certainement le plus adroit qui atterrit directement dans la case film culte. Comme toujours. A voir sans modération, comme toujours.

The D is silentMoment culte.

Année: 1962
Titre original: El Ángel exterminador
Réalisateur: Luis Buñel
Acteur notoire: aucun

Plot: bourgeoisie entre 4 murs

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: Subtilement évoqué dans Minuit à Paris (super critique ici), L’ange exterminateur est un des pré-établis chefs d’oeuvre de Buñuel, éminent réalisateur hispano-mexicain aux racines surréalistes. Sur-brossés par les critiques, film et réalisateur ne sont pour autant pas exempts de déceptions.

Outre le titre accrocheur totalement gratuitle scénario inspiré par Gil Pender est l’aspect le plus vendeur du film. Une bande d’aristocrates se retrouvent emprisonnés par une force supérieure chez leur hôte après une soirée mondaine et ne trouveront d’échappatoire avant de s’être mis à nu. Le décor mis en place sert alors le discours moqueur et critique envers la haute société – et l’Eglise accessoirement. Autre atout, la force surréaliste inexpliquée fort drôle et futée qui joue des tours de passe-passe avec le psyché de nos convives et vaut quelques scènes exquises.

Le gros bémol du film: l’immersion bancale. D’abord côté technique: la mise en scène fait mal aux yeux, trop théâtrale. Explication: les entrées/sorties de champ avec arrêt inopiné en plein milieu pour jouer sa ligne de texte/action ne sont pas du tout fluides, surtout lors de plus ou moins plans séquences au cours desquels plusieurs personnages interviennent à tour de rôle. On entend presque Buñuel dicter les allées et venues de ses acteurs. Où est le naturel? Le jeu y perd toute sa crédibilité…

Le gros bémol du film: l’immersion bancale. Ensuite côté théorique: la volonté de Buñuel de ne pas matérialiser la « force supérieure » va trop loin. Dès le lendemain de la soirée, tout le monde se plaint d’être coincé dans la demeure sans essayer d’en sortir (à moins d’un excès de somnolence de ma part?), sans même esquisser un seul pas vers la sortie. Une ou deux tentatives avortées auraient justifié l’abandon qui s’en suit. Et puis le contexte: la bourgeoisie mexicaine sustente difficilement notre vision des sphères huppées. Une bonne bourgeoisie bien so british eusse été de rigueur et aurait par là même accentué le comique des scènes… regret d’ailleurs avoué par Buñuel.

Bilan: une immersion bancale qui entache un excellent scénario et un discours intemporel souffrant légèrement de son degré d’approche un peu vieillot. Coups de coeur pour la chute.

Année: 1965
Titre original: Faster pussycat! Kill! Kill!
Réalisateur: Russ Meyer
Actrices notoires: Tura Satana, Haji, Lori Williams, Susan Bernard, Stuart Lancaster

Plot: Trois strip-teaseuses passent du côté obscure.

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: Après en avoir longtemps parlé (ici ou ), en avoir longtemps rêvé, Faster pussycat! Kill Kill! a enfin dévoilé ses secretsFigure de proue du B-movie, archétype du grindhouse, masterpiece de Russ Meyer, réalisateur phare qui a par ailleurs énormément apporté aux films de sexploitation. Mr Meyer est en effet un amateur déclaré de la gente féminine, et particulièrement de ses représentatrices aux attributs sur(s)exprimés. Blague: il a récemment porté plainte contre sa compagne pour « violence conjugale ».

Narrator: Ladies and gentlemen – welcome to violence! 

Mais trêve de tergiversions, revenons au sujet: 3 femmes au(x) fort(s) caractère(s) et sans morale se prélassant dans les plaisirs de la violence gratuite. Varla, leadeuse et combattante sans limites, Rosie, suiveuse et Billie, seule âme pure… si l’on occulte sa libido exubérante. Face à ce trio infernal? D’autres clichés: une frêle et innocente créature au(x) caractère(s) réprimé(s) – notez la subtilité reliant scénario et casting -,  une montagne de muscle écervelée, un bon gars, un vieux pervers, un pompiste naïf… la totale.  Pour notre plus grand plaisir.

Du B-movie, du vrai. Rien que le titre poutre. En plus: des courses de bagnoles, des nanas affriolantes n’aspirant qu’à s’exhiber (sans nudité) entre 2 fêloneries, des dialogues adéquats, une introduction de circonstance, des meurtres gratuits et des rouages scénaristiques simplissimes. Point. Et personne n’essayera d’expliquer la violence latente transcendant Varla, ni ne s’offusquera de l’intrusion d’une trame téléportée par un pompiste étrangement bavard. Sex, drugs & rock’n roll. On aime. Et surtout, des femmes qui en ont, des femmes qui s’imposent comme sexe dominant face à des mâles incapables de leur résister. Semant la dévastation, ces 3 cavalières de l’apocalypse s’évertuent à promouvoir un message féministe. Extrémiste certes. Avant-gardiste aussi.

Un film culte.

Questions:
1/ est-ce que l’accent des 2 femmes foncièrement violentes ne seraient pas une forme de décharge/critique? aka les femmes libérées ne viennent pas des USA.
2/ Varla : « I never try anything – I just do it »  … Varla, maîtresse de Yoda? :)

Il fut un temps, un remake par Mr QT a été évoqué… peut-être s’est-il suffit de la 2e partie de Boulevard de la mort… QT à propos de Tura/Varla: « I would give up five years of my life to work with Tura Satana. She is Japanese, Cheyenne, and something else, awesome. »

Année: 1968
Titre original: If….
Réalisateur: Lindsay Anderson
Acteur notoire: Malcolm McDowell

Plot: Des lycéens anglais se révoltent contre leur école conservatrice.

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: Premier film de Malcolm McDowell et il annonce déjà la couleur: le monsieur aime bien les films sulfureux et les rôles de doux meurtrier emprunt d’un brin de folie. On découvre donc son sourire malicieux qu’il réutilisera dans Orange Mécanique ou Caligula.

Anecdote drôle: la scène lors de laquelle Mick Harris s’ébat avec la serveuse a été suggérée par Malcolm McDowell: il avait envie de voir sa collègue à poil… futé le sacripan! Et nous offre le 1er plan boobs de l’histoire du cinéma so british.

Lindsay Anderson signe un film anarchiste qui saigne à blanc les institutions anglaises en pleine année 1968, ça pouvait pas tomber mieux. L’école ultra-rigide, le clergé et l’armée en prennent pour leur grade au travers du système éducatif décrit. Evidement, Mick Harris n’est pas d’accord et le fait savoir, les châtiments corporels n’ayant de cesse que d’attiser sa haine contre ses patriarches qu’il exprimera lors d’une scène finale démesurément violente.

En dehors de la description acide des écoles anglaises, Lindsay Anderson distribue quelques séquences surréalistes: passages en noir et blanc gratuits, un curé qui sort improbablement d’un tiroir, escapade psychédélique à motocyclette…

Bon, ça secoue l’ordre moral anglais, ça prône la révolte, ça révèle un délicieux Malcolm Mcdowell… mais ça souffre quand même un peu d’un dynamisme d’autre-fois, le comble!

Année: 1957
Titre original: 12 angry men
Realisateur: Sidney Lumet
Acteur notoire: Henry Fonda

Plot: 12 jurés doivent trancher le sort d’un homme.

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: En voilà un bon classique qui a bien tenu la distance. 1957 c’est vieux? Naaaaaaah, balivernes. C’est un excellent huis clos: les acteurs excellent, le réalisateur donne une leçon de cinéma. Que dire de plus?! … bah:

Quoi ça cause? Tout simplement d’un jury dont le verdict peut être létal ou salvateur pour un homme dont le destin funeste semble inévitable. Bien évidement, un homme n’est pas d’accord: Henry Fonda aka juré n°8, et va devoir convaincre ses 11 compères car l’unanimité est requise pour valider le jugement. Le procès est complètement éclipsé, on daigne tout juste nous montrer celui qui est au centre de toutes les attentions, 99% du film se déroulant dans la salle de délibération, porte fermée à clé. Ainsi, nous ne nous faisons une idée de l’histoire qu’au travers de la retranscription faite par les jurés, et c’est chacun de leur point de vue qui va être jugé, critiqué… car un simple doute peut tout remettre en question.

Concernant la leçon de cinéma, il est très intéressant de relever les jeux de caméra. Au fur et à mesure que le film avance, l’axe de prise de vue en plongée transite vers un axe en contre-plongé augmentant ainsi la tension. D’autant plus que le réalisateur a utilisé des lentilles à focales croissantes, réduisant virtuellement l’espace (ça j’avoue, ça tape pas à l’oeil, mais c’est efficace). Plus facile à remarquer: lors des débats, la caméra est proche de son sujet et les plans s’enchaînent tandis que dans les pauses, on peut remarquer des plans plus ou moins séquences plus larges, passant d’un sujet à l’autre pour laisser respirer le spectateur en même temps que les jurés. C’est cool nan?! =)

A voir sans aucun doute. Et pour ceux qui ne me croient pas: regardez un peu la distribution de presque 3000 votes ici !!