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HappinessAnnée: 1998
Réalisateur: Todd Solondz
Acteurs notoires: Philipp Seymour Hoffman

Plot: les joies du New Jersey

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: La découverte de Todd Solondz (clic) m’a incité à fouiner parmi  sa filmographie. Et je n’en suis pour le moins pas déçu, au contraire. Ce cinéaste indépendant américain saura semble-t-il toujours me surprendre. En bien.

Pendant un peu plus de 2h qui se font a peine sentir, nous suivons 3 frangines et leur petit cosmos pendant une vie de tous les jours des plus banales. Et que dire si ce n’est que c’est succulent. Dans un univers acidulé, des protagonistes tous plus misérables les uns que les autres évoluent au rythme de dialogues exquis. Et c’est drôle. Je parle d’humour noir, de second … que dis-je, de tierce degré. Le rire pourrait être jaune, mais l’absurdité, auront raison de tout malaise. Oui, nous atterrissons dans un univers où le pathétisme règne en maître, où le sordide… que dis-je, le glauque est exultant. Mais pour notre plus grande joie, Mr Solondz a l’immense talent d’offrir les meilleures scènes en jouant sur la pire des infamies.

Billy Maplewood: I came.

C’est avec un cynisme inégalable que Todd Solondz nous divertit dans ce cinéma non-conventionnel. Ames sensibles s’abstenir.

Mieux, ce film a une suite: Life during wartime. 10 ans plus tard, nous retrouvons les 3 frangines  pour de nouvelles aventures rocambolesques. Oui, du ciné indé avec des suites, c’est pas anodin hein?

Année: 2009
Titre original: Modus operandi
Réalisateur: Frankie Latina
Acteurs notoires: Danny Trejo, Michael Sottile

Plot: lutte sans merci pour 2 mallettes.

Source utile: IMDb, WikiP (en)

Mr Orange: Il y 2 façons de revenir de vacances: discrètement ou avec fracas. Voici le fracas: Modus operandi, un film faisant un hommage phénoménal aux films d’exploitation 60’s – 70’s, façon gros calibre.

Si il y a un nom à retenir dans le casting: Danny Trejo qui a la bonté d’offrir son aura au ciné indé. Les petits malins reconnaitrons une 2e tête: celle du flic qui perd une oreille dans Reservoir Dogs. Et… si il y a un nom à retenir côté production, c’est celui de…. Sasha Grey! Que les petits malins auront déjà vu dans une ribambelle de films pornographiques, et que nous avons déjà vu jouer dans Girlfriend experience de Steven Soderbergh (voir la critique ici). Productrice qui vaut au film l’en-tête « Sasha Grey presents »… chose qui claque, avouez-le. Et oui, au cas ou ce n’était pas translucide, ce film est un bijoux.

Parlons bijoux: tourné en super 8, le film est plus rétro qu’un film rétro, que ce soit par la qualité de l’image, la mise en scène ou le montage. Dingue: plus de plans boobs que de dialogues, des filles en maillot de bain dans toutes les scènes, des explosions de violence aussi soudaines que sanglantes et hilarantes. Et puis… des meurtres, des courses poursuites, de la torture, des gens tous nus, du snuff, de la dynamite…. Ultra kitsch à souhait.

Le petit plus, c’est que Modus operandi se paye le luxe de références à ses sources d’inspiration. Pour ne citer que la plus grasse: l’introduction qui reprend mot pour mot celle de Shogun assassin (voir la critique ici) en adaptant tout juste la tirade à l’histoire. On est prévenu dès le début: Frankie Latina connait ses classiques.

C’est génial.

Année: 2012
Titre original: The Angels’ Share
Réalisateur: Ken Loach
Acteur notoire: aucun

Plot: une jeunesse désillusionnée découvre le whisky

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: Dernière tournée de Ken Loach, La part des anges fait hommage au whisky, le bon, le vrai sur fond de détresse sociale (un Ken Loach reste un Ken Loach… ) dans le format d’une comédie dramatique orchestrée d’une main de maître. Le prix du Jury de Cannes 2012 est loin d’être volé.

Ouverture comique sur l’énumération des chefs d’inculpation d’une tripotée de rebuts de la société. Kenny donne le ton… mais n’oublie pas de nous rappeler que le meilleur des mondes n’existe pas dans son monde: la réalité. Ainsi se crée une tension pesante accentuée par notre connaissance de la capacité du Ken à envoyer du drame en spray. C’est ainsi qu’il nous mène par le bout du nez, entre rire, effarement, tension, soulagement, émerveillement… et instruction en bonne et due forme.

L’Ecosse, ses accents, ses saveurs, ses paysages, un de ses châteaux, sa culture (sauf pour certains) pour redorer une jeunesse sans avenir dans un film sacrément bien foutu soutenu par de bons acteurs souvent castés « sur le tas ».

Ressentir un petit frisson à l’ouverture d’une bouteille de whisky, ça n’a pas de pris.

Année: 2010
Titre original: Midnight in Paris
Réalisateur:  Woody Allen
Acteurs notoires: Owen Wilson, Rachel McAdams et toute une pléiade de guests

Plot: un américain amoureux de Paris fait de drôles de rencontres quand sonnent les 12 coups de minuit

Sources utiles: Allociné & IMDb

Mr Orange: Woody Allen en a longtemps parlé, nous a fait languir… mais il l’a fait: SON film orchestré dans Paris. Après ses clins d’oeil (Hollywood Ending), après nous avoir bien nargué avec des chefs d’oeuvres londoniens (Match Point) et autres joyeuseries barcelonaises, la barre était haute. Résultat: son plus gros score au box office – on s’en fout – et surtout une bonne petite comédie romantique fantastique, ode nostalgique à un Paris des années 20 qui nous vaut un gros étalage de culture façon tartine bien beurrée.

Ode à Paris tout court. Pour donner le ton, Woody Allen nous introduit son film avec 3 minutes de plans-clichés d’un Paris version deluxe vus, vus, vus et re-vus arrosés d’une musique de guinguette histoire de bien alourdir appuyer son propos au cas où l’on ne l’avait pas compris: il aime Paris. Un Paris vu par un américain pété de tunes qui dénigre ses pairs, préférant les petites brocantes aux sièges de jardin made in Paris à 18 000€, préférant une vie de bohème a se perdre dans ses écrits que l’effervescence de dollars qu’apporterait une vie hollywoodienne. Oui, Woody masturbe joyeusement le cliché français et scénarise ce qu’il n’a fait, lui. Aveux de regrets inavoués?

Sans rentrer dans les détails parce que la surprise fait partie du plaisir, Minuit à Paris nous dessert une brochette d’acteurs tous plus succulent les uns que les autres, dans des rôles souvent hauts en couleur. Même pas reconnu l’ex-1ere dame de France, oups. Point spécial pour Adrian Brody et son rhinocéros. Owen Wilson en apprenti-Woody c’est possible? Au diable son acolyte d’humour décérébré aka Ben Stiller, il embrasse Woody en campant un éternel insatisfait, épris de culture antique… ça vous rappelle quelqu’un? Normal. D’ailleurs, fidèle à lui-même, Woody Allen nous livre une culture de niche sur un plateau d’argent qui permet de l’aborder même si l’on ne maîtrise pas cette culture au point de pouvoir profiter des vannes culturées.

Comédie légère et drôle, une once de romance, un 33 tonnes de culture, une introspection Woodienne… un bon film si l’on supporte le vomi parisien.

Info bonus: le film évoqué est L’ange exterminateur de Buñuel ;)

Année: 2010
Titre original: Blank city
Réalisatrice: Celine Danhier
Individus notoires: Jim Jarmusch, Amos Poe, Charlie Ahearn, Eric Mitchell, Nick Zedd

Plot: effervescence culturelle New-Yorkaise durant les 70’s

Sources utiles: IMDb

Champs-Elysées Film Festival: en lice pour le prix du Public
En présence de la réalisatrice
Note donnée: coup de coeur, 4/4

Mr Orange: Auto-masturbation intellectuelle d’une culture de niche? S’eusse pu être le cas si le réalisateur n’avait pas été une petite réalisatrice frenchy fraichement débarquée à New-York qui s’est lancée il y a de ça 6 ans dans l’aventure avec tout l’art et la méthode de l’époque d’intérêt: magouille & débrouille. Chapeau pour cette ode au cinéma New-Yorkais né d’une vague trash.

Recentrons le propos. Dans un coin de Manhattan, le Lower East Side, le No Wave apparait à la fin des 70’s. Mouvement cinématographique, musical, artistique… culturel issu de l’esprit punk nihiliste, prônant le do-it-yourself… surtout si t’as pas de talent. Evidement, le fruit de cette culture n’était pas ou peu médiatisé. Si c’est pas de la niche ça. Les films sont majoritairement inregardables, mais c’est pas grave, vous ne les trouverez pas, ou seuls ceux qui le sont, regardables. Durant les 80’s, cela évoluera vers le Cinéma de la transgression, plus trash. Une ère morte qui influence pourtant le ciné indé et dont sont ressortis quelques noms.

Idée de l’époque:  » Tu fais de la peinture? Ca tombe bien, j’aime ta coiffure et j’ai besoin d’un guitariste dans mon groupe. Tiens, voilà une basse désaccordée, ça fera l’affaire. »

Et… c’est absolument génial! 1h30 d’hyper-culture hyper-underground qui vaut de l’or. Littéralement.  Des extraits de films choisis que vous ne verrez jamais. Un tissage chronologique du No Wave et du Cinéma de la transgression par leurs acteurs majeurs, rendant compte de la richesse extrême du vivier intellectuel de l’époque. Des jeunes avec des idées. Une pauvreté extrême, facteur stimulant. Des dealers pour permettre de travailler sans s’arrêter. Le maire et le SIDA pour fermer le clapet de ses auto-proclamés intello. Génial. Attention, les informations déferlent à une vitesse inouïe, incitant un 2e visionnage… qui ne sera pas de refus.

Du précurseur The Blank Generation d’Amos Poe à la consécration cannoise de Jim Jarmusch avec Stranger in paradise en passant par les débuts de Steve Buscemi, un aperçu sur un autre quartier effervescent de New-York dans Wild Style de Charlie Ahearn et la surenchère de provocations de la part de Nick Zedd ou de Beth B & Scott B… prenez ce gros facial de culture inaccessible avec délectation, et avalez goulument.

Un documentaire sur une époque clé de l’intellect moderne et malgré tout obscure. Non intrusif, la parole est laissée aux progéniteurs, qui recréent un mythe se suffisant à lui-même. Un travail monstre d’une valeur inestimable. Un documentaire qui sublime l’expression « tu dormiras moins con ce soir », instruisant l’indigent sur ce qui différencie New-York d’Hollywood. Génial.

Bémols:
– un rappel écrit et permanent des dates aurait été le bienvenu.
– pour (cinéphiles) curieux et passionnés avant tout.

Année: 2010 (US) 2013 (Fr)
Titre original: Tabloïd
Réalisateur: Errol Morris
Individus notoires: Joyce McKinney

Plot: « affaire du Mormon menotté

Sources utiles: IMDb

Champs-Elysées Film Festival: en lice pour le prix du Public
Note donnée: coup de coeur, 4/4

Mr Orange: Sacré caractère: touchante victime ou machiavélique manipulatrice, quoi qu’il en soit obsessionnelle, Joyce McKinney est au centre de l’attention dans ce documentaire qui revient sur le fait divers qui a marqué sa vie, voir plus si affinités. Errol Morris, en bon maitre de cérémonie, aborde l’affaire qui a enflammé l’Angleterre durant les 70’s en réunissant divers protagonistes impliqués dans l’affaire… sauf Kirk, le Mormon menotté, qui a préféré garder le silence. Joyce McKinney, la folle amoureuse, Troy Williams, un Mormon éclairé vulgarisant ses doctrines, 2 journalistes: Peter Tory pour le Daily Express et Kent Gavin pour le Daily Mirror… tout ce petit monde nous éclaire avec des avis très divers

Ceux qui n’avaient pas atteint l’âge de la raison à l’époque se demandent peut-être: mais, quelle fameuse affaire? Celle d’une reine de beauté qui est tombé amoureuse d’un Mormon jusqu’à passer une Lune de miel dans un magnifique petit cottage gallois / le kidnapper, séquestrer et violer avant que le Mormon ne retourne parmi les siens. Choisissez votre version préférée, la vérité se cachant ailleurs.

Succulamment monté, dynamique et drôle, Tabloïd est un mélange d’interviews actuelles, de rares anciennes, de titres de journaux – tabloïds évidement – et de clichés appuyant le propos, accompagnés d’illustrations tournant en dérision les témoignages quand ils ne se suffisent pas d’eux même. Parce qu’au delà de l’intérêt racoleur du topo – avouez qu’une histoire de bondage entre une bimbo frivole et un Mormon ça décoiffe -, le documentaire confronte et décortique les points de vues dans une veine recherche de vérité relevant la risibilité de chaque parti. Que ce soit la nympho obsessionnelle amoureuse, le mormon ayant un appétit sexuel réprimé par sa communauté inflexible et notoirement toqué ou les journalistes usant leurs talents aux services de la Livre Sterling… tout le monde en prend gentiment pour son grade.

On peut y voir une subtile critique de la presse à scandales ou de l’Eglise Mormone, un pamphlet sur la psychologie d’une bimbo… ou simplement un documentaire drôle et rafraîchissant. Ca change de la fiction (établie) et ça se conseille sans soucis.

Année: 2012
Titre original: Cherry
Réalisateur: Stephan Elliot
Acteurs notoires: Ashley Hinshaw, Heather Graham, James Franco, Dev Patel, Lili Taylor, Diane Farr

Plot: romances d’une apprentie pornstar

Sources utiles: IMDb Ne pas lire le synopsis qui traine sur Allociné & cie

Champs-Elysées Film Festival: avant-première US

Mr Orange: Après la récupération d’une actrice porno par le cinéma indé (Girlfriend experience), voici le cinéma indé qui s’épanouit dans l’univers de la video pour adulte au travers d’Ashley Hinshaw qui apporte bien plus que sa plastique au métrage.

Point de vue incongru. D’un côté Angelina/Cherry a l’archétype de la vie pourrie: mère alcoolique, beau-père peu recommandable… la totale. Le cliché de l’origine de l’actrice pornographique. Seul point positif: elle a un corps à faire rougir un coquelicot. D’un autre côté, elle entre tout en douceur, par choix, parce qu’elle veut plus d’argent (sans en avoir besoin), tout simplement parce qu’elle y trouve son bonheur… (et aussi parce qu’elle tombe dans de bonnes mains.) Le cliché de la pornstar post-modern. Conclusion, l’industrie du cul serait salvatrice? Si l’on souhaite réellement s’isoler sur cette planète à part…

Ashley Hinshaw porte le film sur ses épaules, et le porte bien. Parce qu’il est important d’en parler dans de telles circonstances, oui, les plans boobs sont de rigueur. Mais pas inutiles. La caméra ne s’attardera pas tant que ça sur son corps qui va forcément se découvrir régulièrement. Formatage personnel ou talent de réalisation? Toujours est-il qu’on ne ressent pas le besoin d’en voir plus. Jusqu’à vouloir tendre un peignoir à l’actrice, protéger son innocence. Sentiment absent lors de la scène dans la cuisine… talent de réalisation? D’abord timide, elle finit par prendre son pied à son taff, avançant doucement mais surement: photo, solo…

C’est clairement le jeu d’Ashley Hinshaw qui justifie ce film au thème sulfureux. Un obscurantiste peut y voir une apologie du p0rn, on peut aussi y voir l’histoire de Cherry, inspirée de Lorelei Lee, co-scénariste. Cependant, Stephan Elliot a beau avoir trouvé la poule aux oeufs d’or avec son actrice principale qui sait jouer et accepte de s’exposer, Cherry est peut-être trop ambitieux, souffrant de son propre sujet qui ne peut être montré.