Yuen Woo-Ping, Masterclass

Festival Paris Cinéma: Hong-Kong à l’honneur – Masterclass Yuen Woo-Ping

Masterclass = intervention d’un maître d’une discipline artistique

Gare à vous, le kung-fu de Yuen Woo-Ping est puissant!

Rapide présentation de l’oeuvre de Yuen Woo-Ping:
4 réalisations majeures:
– Drunken master: relations maître-élève et boxe alcoolique
– Tiger cage (trilogie): kung-fu urbain
– Tai chi master: ying, yang et (dés)équilibre
– Iron monkey: héros du kung-fu

4 chorégraphies majeures:
– Il était une fois en Chine 1 & 2
– Tigre et dragon
– Matrix (trilogie)
– Kill Bill vol. 1 & 2

Issu d’une famille nombreuse (10 frères/soeurs), il a été formé aux arts martiaux dès le plus jeune âge. Pauvre, c’est le père Yuen qui instruisit ses enfants (7, les autres sont allez à l’école). Maître et enseignant il leur appris l’essentiel: lire, écrire… et le kung-fu, surtout! Artiste martial et artiste d’opéra, il tenait difficilement les bouts mais réussis à former ses enfants sur son temps libre. Au fil des années, il les trimbala sur les plateau de tournage où il était devenu chorégraphe de scènes d’action, formant les bambins à leur futur métier. Le cinéma et le kung-fu étaient ainsi 2 éléments fondamentaux du clan Yuen.

Mais comment tenir un fratrie pareille, constitué d’apprenti-maitres kung-fu? Comment éviter des rixes épiques? Réponse: à coup de triques déculottés, les garnements devant faire la paix après cette correction en bonne et due forme. L’amour et le respect pour le père/maître faisant le reste.

Après cet enseignement familial, Yuen Wo-Ping et ses frères cadets sont envoyés au maître de l’opéra de Pékin, ami du père.Connu pour être très sévère et très exigent, la fratrie n’a pourtant pas eu se soucier de ses représailles. Le clan Yuen connaissait déjà la majeure partie du kung-fu enseigné et n’y sont resté qu’une année, se dirigeant très vite vers des rôles de doublure ou d’assistant chorégraphe sur des tournages. Note: de nombreux élèves de cette école sont devenus célèbres: Sammo Hung (Le flic de Shangaï …), Jackie Chan…

A ces débuts, Yuen Woo-Ping n’a pas cherché à transmettre son savoir. Il est entré dans le cinéma en pleine période de transition. Le cinéma comme la création de combat au cinéma étaient en pleine évolution et n’avaient plus aucun rapport avec les méthodes des années 50. Quoi qu’il en soit, Yuen Woo-Ping est un découvreur de talent. Il offrira les 2 premiers rôles de Jackie Chan. En contre-partie, il saura rendre hommage à ses ainés, nécessitant des acteurs transpirant la sagesse. Dans Le héros magnifique, Yuen Woo-Ping choisit Kwan Tak-Hing pour jouer l’éternel Wong Fei-Hung, rôle que ce dernier a incarné dans plus de 50 films et par conséquent indissociable de celui-ci qui a alors 60 ans mais conserve un kung-fu efficace. De même, Yuen Woo-Ping choisit son père pour le rôle du vieux sage du kung-fu dans Le maître chinois / Drunken master. Ce film se fondant sur ses souvenirs d’enfance, sur les relations qui unissent un maître et son élève: le tout jeune Jackie Chan à l’époque. Elève rebelle qui prend conscience au fur et à mesure des enseignements de son maître que celui-ci utilise la bonne méthode. Maitriser un art martial n’est pas chose aisé, l’élève doit emprunter un chemin ardu pour aboutir à son éveil.

Parce qu’il était inévitable que le Petit dragon ne soit pas ramené sur le tapis, Yuen Woo-Ping a bien évidement approuvé qu’il aurait rêvé de travailler avec Bruce Lee…. rêve illusoire. Explication: le clan Yuen était engagé auprès des Shaw brothers, concurrent de la boite de production de Bruce-le-tout-puissant.

En 1982, Yuen Woo-Ping réalise l’ovni The miracle fighters, un film de kung-fu farfelu dans lequel les opposants possèdent toute une clique de super-pouvoirs. Signe d’une volonté de rompre avec les films de kung-fu classiques qui ont inondés les années 70 et commencent à lasser les réalisateurs comme le public. C’est dans un esprit de recherche de nouvelles idées qu’est venue l’idée de mélanger le kung-fu aux récits fantastiques de culture pop chinoise. Dans la même veine Sammo Hung s’est de son côté lancé dans les films de zombies chinois. Ceci est l’exemple typique de l’effet des vagues de mode successives qui embrasent le cinéma hong-kongais. A l’arrivée d’une nouvelle idée, tout le monde se lance dans le filon et l’exploite jusqu’à l’épuisement ce qui entraine la production d’un nombre incalculable de film sur de très courtes périodes. Idem, lors de l’effervescence du kung-fu comedy tout les producteurs ont voulu en faire et ont inondé le marché avec – faut l’avouer – beaucoup de films de qualité moyenne voire médiocre jusqu’à en écoeurer le public. Hong-Kong caricature de l’exploitation excessive des genres par l’industrie du cinéma au détriment de l’art, forçant les réalisateurs à répondre aux attentes du public, voire les anticiper.

Pour info, tandis que la kung-fu comedy a duré une dizaine d’années, les films de zombies n’ont tenus que 2 à 3 ans…

Dans les années 80, Yuen Woo-Ping lance le kung-fu urbain qui aboutira au triple-kick Tiger Cage 1, 2 & 3 et par la même occasion à la consécration de Donnie Yen. Le réalisateur-chorégraphe ami avec sa mère  – grande artiste martiale – rencontre le fils lors d’un diner. Voulant se lancer dans le cinéma il lui fait une démonstration de son kung-fu et séduit Yuen Woo-Ping, pour son style urbain. Donnie Yen a passé sa jeunesse aux USA, il a été imprégné de la culture hip-hop qui influence son kung-fu. Cependant, Mismatched couples, le produit de cette rencontre sera trop avant-gardiste et un échec commercial. Peu importe, l’idée est là et inspirera Tiger cage.

Retour sur Tiger cage dont le tournage ne fut pas une mince affaire. 1/ le scénario nécessitait un groupe de méchants étrangers ce qui compliqua le casting. Donnie Yen proposa alors des acteurs américains, de vrais artistes martiaux qui impressionnèrent Yuen Woo-Ping. 2/ Ces mêmes occidentaux n’avaient jamais tourné et ne connaissaient pas la grammaire des arts martiaux au cinéma et il fut difficile d’accorder Donnie Yen à ses ennemis. 3/ le scénario exigeait la mise en place de gunfights dans des décors urbains ce qui constitue en soit un problème, le tournage nécessitant des autorisations auprès des autorités. Solution: tourner à la volée sans accord, quitte à devoir fuir à l’arrivée de la police… aux frais du responsable de production.

Côté technique, lorsque Yuen Woo-Ping tourne des scènes d’action, il place la chorégraphie en priorité. La mise en scène n’arrive qu’en 2e position, l’inverse serait une erreur. Il est nécessaire d’anticiper un combat, la question de la caméra et de la lumière n’arrive qu’après. Ainsi, en arrivant sur le plateau, les comédiens s’entrainent, échangent quelques coups, ce qui permet d’appréhender le positionnement de la caméra pendant cet entrainement. Pour cela, Yuen Woo-Ping posséde déjà la scène en tête. Cependant, sa méthode a changé avec le bug de l’an 2000. Avant, ses idées lui venaient en rêvassant avant de se coucher, idées qu’il griffonnait. En dehors de l’effet de ses insomnies sur son organismes, les grosses productions pour lesquelles il a été enrôlé dernièrement exigent un travail plus sérieux – comprendre des heures de travail au bureau en pleine journée avec une réelle préparation des combats. Changement de procédé qui suit l’évolution du cinéma. Exit les tournages à l’arrachée.

Wong Fei-Hung, personnage incontournable du cinéma HK a suivit Yuen Woo-Ping tout au long de sa carrière. D’abord cascadeur, il deviendra réalisateur (Iron monkey ) puis chorégraphe des faits d’armes du héros chinois dans les premiers volet de la saga Il était un fois en Chine de Tsui Hark qui diffèrent légèrement du mythe de Wong Fei-Hung en insérant une notion de nationalisme face à l’occidental qui tente de faire main basse sur Hong-Kong. Petite anecdote: concernant le combat opposant Jet Li et Donnie Yen dans le 2e opus, c’est Yuen Woo-Ping qui a eu l’idée de transformer un torchon mouillé en bâton mais l’issue du combat fût une inspiration de Tsui Hark.

Les années 90 sont marquées par de nombreuses collaboration entre Jet Li et Yuen Woo-Ping. Artiste martial ayant reçu un enseignement dès le plus jeune âge et consacré plusieurs fois champion, Jet Li est un dictionnaire vivant des arts martiaux – l’équivalent de ce qu’est QT pour le cinéma. Les collaborations entre les 2 compères étaient fabuleuses, avec beaucoup d’échanges d’idées, Jet Li anticipant les intentions de son chorégraphe et lui proposant de nouveaux mouvements.

Je cite:
L. Haddad (HK video, Technikart): « C’était dur d’apprendre à Keanu Reeves de faire Jet Li? »
… traducteur chinois …
Yuen Woo-Ping:  » … Matrix, hein? … »

Un type fort sympathique qui n’a pas été dévoré par la gloire de son talent.

Réponse: il a vite oublié cet idée quand il l’a vu. Yuen Woo-Ping a demandé à Keanu Reeves de lui faire une démo de son « kung-fu » lors de leur 1ere rencontre, bilant: besoin d’un gros boulot. Yuen Woo-Ping a en conséquent demandé à la production 4 mois d’entrainement pour les acteurs afin qu’ils obtiennent les bases nécessaire à leur crédibilité. Petit artifice, les scènes de combat étaient déjà pré-déterminées et la bande de Morpheus a pu se lancer directement dans des mouvements qui seraient réutilisés lors du tournage. Blague à part, notre chorégraphe planétaire reconnait l’implication des apprentis-artistes martiaux à la tâche. Surtout que Yuen Woo-Ping est un dieu vivant et qu’il serait capable de transformer n’importe qui en artiste martial crédible, si tant est qu’il soit motivé.

Depuis la fin du XXe siècle, les choses ont changées. Comme cela a déjà été évoqué, on ne choisit pas nécessairement des acteurs pour leur maîtrise du kung-fu (Keanu Reeves) et les productions internationales nécessite une préparation exigente des scènes de combats. Quoi qu’il en soit, le chorégraphe reste maître des évènements et n’est pas laissé pour compte avec l’arrivée des effets spéciaux sur les écrans. Ceux-ci restent secondaires et ne sont utilisés qu’en cas de mouvements impossibles. Ce sont les effets spéciaux qui aident la chorégraphie martiale et non l’inverse. Exemple: l’envolée de Trinity accompagnée d’un arrêt sur image dans l’introduction de The Matrix, c’est un geste simple qui n’est que sublimé par les effets spéciaux. La chorégraphie dépend en revanche du scénario. Si celui-ci s’éloigne du kung-fu traditionnel, le chorégraphe s’adapte tout en conservant l’esprit de l’art martial. Exemples: (1) Fist of legend dans lequel Jet Li pratique un kung-fu éloigné de ses origines mais garde un fort impact à l’écran, (2) Tigre et dragon dans lequel les besoins esthétiques ont fortement influencer les combats, l’archétype étant la séquence se déroulant dans les bambous.

A venir: The grandmasters de Wong Kar-Waï, sortie le 18 décembre en asie.

En video:
Invité d'honneur Yuen Wo Ping par festivalpariscinema

Mr Orange

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